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Alors que de nouveaux élus prennent leurs fonctions, l’Alliance, appuyée par plus de quarante professionnel•les de santé, souhaite rappeler l’importance de faire de la qualité de l’air une véritable priorité des nouveaux exécutifs locaux.

La santé des habitants se joue bien en amont du cabinet médical, à travers notre alimentation, notre eau et l’air que nous respirons. Garantir un accès égal à ces droits fondamentaux est la condition d’une vie digne.
Si ces derniers temps le débat public a mis en lumière les risques sur la qualité de l’alimentation, les pesticides, les PFAS dans l’eau, à travers les reculs environnementaux de la loi Duplomb ; la pollution de l’air reste encore trop peu visible.
Pourtant, elle constitue le premier facteur de risque environnemental pour la santé , un enjeu majeur de santé publique dans de nombreux territoires. Avec plus de 40 000 morts par an[1], elle est à l’origine de nombreuses maladies notamment respiratoires, cardiovasculaires et métaboliques : notamment 30 000 nouveaux cas d’asthme chez les enfants, 7 400 AVC par an chez les plus de 35 ans.[2]
Si les habitants ont peu de moyens à leur disposition pour améliorer l’air qu’ils respirent, les élus locaux ont, eux, de véritables leviers, et il est impératif qu’ils s’en emparent davantage lors du prochain mandat.
Lutter contre la pollution de l’air : un impératif de santé publique et de justice sociale
La pollution de l’air frappe d’abord les populations les plus exposées : personnes vivant près des grands axes, habitants des quartiers populaires, dans des logements dégradés ou proches de zones industrielles[3]. Ces inégalités d’exposition ne relèvent pas de choix individuels mais de déterminants sociaux, environnementaux et territoriaux profondément ancrés. Or, trop souvent, la prévention est abordée sous l’angle des changements de comportements individuels. Pourtant, on ne choisit pas l’air que l’on respire, ni l’aménagement de son quartier ou la disponibilité des moyens de transports, ni même forcément son mode de chauffage. L’environnement immédiat influe directement sur la santé des habitants, mais très peu ont la possibilité d’améliorer cet environnement ou d’en changer.
La réponse doit passer par des politiques publiques en matière de santé (réduire les sources, limiter l’exposition, informer sur les risques) qui devront impérativement viser les plus exposés : les personnes qui résident dans les espaces pollués, mais aussi les plus vulnérables : notamment les enfants, qui sont ¾ à respirer un air pollué (UNICEF, 2019)
Le choix des prochaines équipes municipales qui mettront en place des politiques de mobilité, d’aménagement, d’énergie pour les 6 années à venir est l’un des rares leviers que les habitants ont à leur disposition pour agir sur leur environnement proche. Au vu des impacts sur la santé des habitants, et du coût que la pollution de l’air fait peser sur le système de soin, nous nous devons d’être exigeants.
Elections locales : une opportunité pour inscrire la santé comme boussole des politiques publiques
Logement, urbanisme, mobilité, transition énergétique sont autant de leviers déterminants pour l’air et donc pour la santé d’une population, mais qui demeurent trop rarement orchestrés dans un objectif d’amélioration de la santé, ni même évalués à l’aune de leur impact sanitaire. Faire de l’amélioration de la qualité de l’air un objectif transversal de santé publique permet d’activer ces leviers de manière cohérente, de sortir des politiques sectorielles qui fonctionnent en silo pour agir de façon concertée sur les déterminants de santé.
Lorsque ces dimensions sont négligées, les conséquences se manifestent directement sur le système de soin et de santé. Pour les professionnels de santé et pour les mutuelles, la pollution de l’air se traduit concrètement par une augmentation de la charge de morbidité, des consultations, des hospitalisations et des traitements de long terme, en particulier pour les maladies chroniques. Elle alourdit les parcours de soins et met sous tension un système déjà fragilisé. Or, la santé se joue largement en amont du cabinet médical, dans les choix d’aménagement et d’organisation de nos territoires. Agir sur les déterminants de santé permet ainsi, plutôt que pointer les comportements individuels, de réduire les inégalités de santé et d’améliorer l’efficacité globale du système de soins.
Faire de la santé un impératif d’arbitrage des politiques publiques n’est plus une option, mais une nécessité. La santé environnementale, en particulier, constitue un levier majeur pour réduire les maladies chroniques, améliorer la qualité de vie et contenir les dépenses de santé à moyen et long terme. Elle doit être au cœur des projets politiques des nouveaux élus municipaux.
Signataires :
Alliance des collectivités pour la qualité de l’air
Association Respire
Docteur Thomas BOURDREL, Médecin radiologue, association Strasbourg Respire
Docteur Laurent CHAMBAUD, Médecin santé publique, ancien directeur de l’Ecole de hautes études en santé publique
Docteur Jean-Baptiste RICHARDIER, Médecin généraliste, cofondateur Handicap international
Docteur Annie-Claude MARCHAND, Médecin santé publique
Docteur Gaspard PREVOT, Médecin généraliste, Strasbourg Respire
Marie PARENTY, Sage femme
Docteur Laurent SCHMOLL, Médecin ORL
Docteur Christian MICHEL, Médecin généraliste
Docteur Mallory GUYON, Médecin généraliste
Stéphanie SEUX, Sage-femme
Docteur Charlotte NAZON, Pédiatre oncologue
Docteur Jeanne MEROL, Pédiatre interne
Docteur Maïlys CES, Gériatre
Docteur Marie-Laure GIRARDIN, Pédiatre
Docteur Gaëlle UZU, Directrice de recherche sur qualité air/impacts sanitaires/ IGE Grenoble
Docteur François DEMUMIEUX, Médecin anesthésiste réanimateur
Docteur Karine SCHUTZ ANHEIM, Pneumologue
Docteur Nhân PHAM-THI, Professeur associé allergologie, pneumologie pédiatrique
Docteur Rola ABOU TAAM, Pneumopédiatre
Docteur Charlotte MAIRE, Psychiatre
Docteur Marc OZDEMIR, Médecin généraliste
Docteur Elvire DELORME, Médecin anesthésiste réanimateur
Docteur Thomas WENDLING, Médecin généraliste
Docteur Ali MOFREDJ, Médecin anesthésiste
Docteur Elisa SCHMITT, Médecin anesthésiste
Docteur Ombeline ROIGNOT, Médecin réanimateur pédiatrique
Lucie CHAIGNON, Sage-femme
Françoise SCHAETZEL, Médecin santé publique
Docteur Thierry REEB, Cardiologue
Docteur Catherine GHERART, Médecin santé publique
Docteur René Demeulemeester, Médecin santé publique
Docteur Olivier JOSEPH, Médecin santé publique
Docteur Françoise JABOT, Médecin santé publique
Docteur Christian BAILLY, Médecin santé publique
Docteur Christophe MARCOT, Pneumologue hospitalier
Docteur Alexandre FELTZ, Médecin généraliste
Julie FIORINDO, Orthophoniste
Docteur Grégoire de CHAZELLES, Médecin généraliste
Docteur Manuela PLAUM, Médecin généraliste
Docteur Pierre SOUVET, Cardiologue
Pascal MEYVAERT, Coordinateur national du GT santé environnementale inter-URPS des médecins libéraux
Catherine JUNG, Médecin généraliste
Cindy EL DEBS, Médecin généraliste
[1] Santé Publique France, 2021
[2] Medina S, Corso M, Chanel O. Estimation de la morbidité attribuable à l’exposition à long terme à la pollution de l’air ambiant et impacts économiques en France hexagonale, 2016-2019. Saint-Maurice : Santé publique France, janvier 2025
[3] Neighbourhood Characteristics and Long-Term Air Pollution Levels Modify the Association between the Short-Term Nitrogen Dioxide Concentrations and All-Cause Mortality in Paris, Deguen et al