Zones à trafic limité : quelles opportunités pour les collectivités ?

Les zones à trafic limité (ZTL) se développent progressivement en Europe et en France. Si leur fonctionnement varie selon les territoires, elles poursuivent un objectif commun : réduire le trafic de transit afin d’apaiser les centres-villes et de redonner de l’espace aux piétons, aux cyclistes et aux transports collectifs. Dans une récente étude, l’ADEME dresse un état des lieux des ZTL existantes, de leurs objectifs recherchés, des modalités de mises en œuvre et de leurs impacts. 

Qu’est-ce qu’une Zone à Trafic Limité ?

L’ADEME propose la définition suivante : la ZTL se définit comme une zone ou un axe dont l’accès des véhicules motorisés est restreint à certains usagers – riverains, professionnels, services publics – disposant de droits spécifiques d’accès, dans le but de supprimer le trafic de transit.

Quels sont les résultats et évaluations disponibles ?

Actuellement, très peu d’études sont disponibles en Europe et en France notamment. L’ADEME invite donc à interpréter les résultats avec prudence, chaque ZTL répondant à un contexte local différent. Les retours d’expérience montrent néanmoins plusieurs tendances.

Les études mettent en évidence une diminution du trafic automobile dans les zones concernées.

  • À Nantes, le trafic est passé de 15 000 à 5 500 véhicules par jour sur l’axe de la ZTL.
  • À Grenoble, le trafic automobile a diminué de 80 % sur l’axe principal et de 15 % à l’échelle globale. Les déplacements à vélo dans le centre-ville ont augmenté de 189 % entre 2016 et 2022. 
  • À Paris, le trafic a diminué de 20% sur certains axes (avenue de l’Opéra)
  • À Gand, la mise en place de la ZTL, combinée à un nouveau plan de circulation, s’est traduite par une hausse de 25 % des déplacements à vélo et de 8 % de la fréquentation des bus. 

Les mesures de pollution atmosphérique montrent la plupart du temps des effets positifs localisés :

  • Paris Centre (modélisations) :
    • Baisse de 7,3% des émissions dues au trafic routier dans la ZTL
    • Diminution de 5 à 20% des concentrations de NO₂ selon les axes avec toutefois une augmentation sur quelques voies
    • Réduction de 8% du dioxyde d’azote inhalé par les habitants et écoliers
  • Grenoble :
    • Pas d’effet global sur l’agglomération
    • Effets locaux positifs en bordure de l’axe central (évolution limitée à 4%)
    • Compensation entre gains et pertes selon les secteurs
  • Londres (Low Traffic Neighbourhoods) :
    • Diminution de 8,9% de la concentration en NO₂ à l’intérieur des zones
    • Baisse de 5,7% aux limites des zones

Une amélioration du cadre de vie est-elle possible ?

Les évaluations montrent également des bénéfices sur l’environnement et le cadre de vie. Les ZTL contribuent aussi à réduire l’exposition au bruit comme à Grenoble. Une baisse comprise entre 4 et 8 dB(A) a été observée deux ans après la mise en place du dispositif sur l’axe concerné. À Paris, les modélisations prévoient une réduction importante de la population exposée aux niveaux sonores les plus élevés.

L’étude souligne également que les ZTL peuvent favoriser la végétalisation, le développement de nouveaux usages de l’espace public et la création de lieux de vie plus agréables. Contrairement à certaines inquiétudes exprimées lors de leur mise en place, les retours d’expérience européens ne mettent pas en évidence d’effet négatif global sur l’activité commerciale. « A Londres, l’autorité organisatrice des transports a établi que la vacance commerciale diminue d’environ 17% après une rénovation des centres-villes visant à pacifier les mobilités. » Certaines études montrent même une baisse des vacances commerciales après des projets de pacification des centres-villes, tout en rappelant que les effets peuvent varier selon les types de commerces.

Quelles sont les 7 recommandations de l’ADEME ?

Les retours d’expérience montrent que la réussite d’une ZTL repose sur une préparation en amont. L’ADEME recommande d’inscrire le dispositif dans une stratégie globale de mobilité et d’amélioration du cadre de vie. Les collectivités gagnent à proposer des alternatives crédibles à la voiture, comme des transports collectifs performants, des continuités piétonnes et cyclables, ainsi qu’une politique de stationnement adaptée.

  1. Adosser la ZTL à une politique globale de mobilités et d’amélioration du cadre de vie
  2. Intégrer les acteurs économiques dès la conception des ZTL
  3. Concerter pour permettre l’adhésion et ajuster le dispositif
  4. Définir une démarche d’évaluation locale et continue de la ZTL
  5. Proposer un cadre d’évaluation d’une politique de cadre de vie
  6. Définir des modalités de contrôle efficaces
  7. Généraliser la numérisation des arrêtés de voirie et la communication avec les interfaces GPS

L’étude insiste également sur plusieurs points de vigilance :

  • une association des acteurs économiques, notamment les commerçants et les professionnels de la logistique dès la conception du projet afin d’adapter les modalités d’accès et d’anticiper les besoins liés aux livraisons
  • une concertation large avec les habitants et les professionnels notamment pour bien prendre en compte les réalités locales et de renforcer l’adhésion au projet
  • une évaluation continue, à prévoir dès le début du projet, combinant des indicateurs de trafic, de qualité de l’air, de bruit mais aussi des éléments qualitatifs comme la perception des habitants

Aller plus loin

Depuis plusieurs années, des zones à trafic limité (ZTL) ont émergé dans plusieurs villes : il en existe, en 2026, huit en France (Nantes, Grenoble, Rennes, Paris, Lyon, Strasbourg, Clermont-Ferrand et Bordeaux). En dehors de la France, 468 ZTL ont été répertoriées au travers de six pays européens (dont 331 en Italie).

Découvrir le rapport complet sur les ZTL

Christophe Belin | Ville de Paris

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