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Une nouvelle étude européenne menée sur 43 sites par une équipe internationale dont Gaëlle Uzu, coordonnée par l’Université Grenoble Alpes, montre que le potentiel oxydant des particules en suspension varie fortement selon les environnements et les sources d’émission. Cette étude a été publiée le 22 octobre 2025 dans la revue scientifique Nature.

La nouvelle directive européenne sur la qualité de l’air recommande désormais le suivi du potentiel oxydant (PO) des particules. Cet indicateur permet de mieux qualifier leur toxicité au-delà de leur seule concentration mais aucune norme réglementaire n’existe à ce jour. Une étude scientifique internationale, publiée le 22 octobre 2025 dans la revue Nature, apporte néanmoins pour la première fois des éléments robustes pour élaborer de futures normes européennes et ainsi faire évoluer la réglementation.
Cette étude a été menée sur 43 sites européens, urbains, industriels et ruraux, par une équipe scientifique internationale coordonnée par l’Université Grenoble Alpes, en lien avec le CNRS, l’Inserm et l’IRD. Près de 11 500 mesures de potentiel oxydant ont été analysées à l’aide de méthodes standardisées. Il s’agit à ce jour de la base de données la plus complète jamais constituée sur le potentiel oxydant des particules en Europe.
Les résultats mettent en évidence une forte variabilité spatiale du potentiel oxydant :
Les simulations montrent qu’une réduction d’au moins 15 % des émissions issues de ces deux sources permettrait déjà d’abaisser significativement le potentiel oxydant en ville. En revanche, pour atteindre les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé, des réductions bien plus importantes seraient nécessaires.
Le potentiel oxydant mesure la capacité des particules fines à générer du stress oxydatif dans l’organisme, en particulier dans les poumons. Ce mécanisme biologique est reconnu comme un facteur clé dans le développement de maladies respiratoires et cardiovasculaires.
Autrement dit, deux territoires peuvent présenter des niveaux de particules similaires, mais des impacts sanitaires différents, selon la nature et l’origine des polluants émis.
Ces conclusions confortent des orientations déjà portées par de nombreuses collectivités : zones à faibles émissions, politiques de mobilité, développement du vélo, accompagnement à la transition du chauffage au bois.
La publication de cette étude dans Nature constitue néanmoins une opportunité majeure : elle permet de renforcer le lien entre science et action publique, et d’appuyer les décisions locales sur un socle scientifique reconnu au niveau international.
Le suivi du potentiel oxydant, en complément des indicateurs classiques, pourrait à terme : affiner l’évaluation de l’exposition des populations ; mieux cibler les politiques de réduction des émissions ; orienter les investissements publics vers les sources les plus impactantes pour la santé.
Cette étude ouvre ainsi la voie à l’élaboration de futures normes européennes et marque une étape importante dans la mise en œuvre de la directive révisée sur la qualité de l’air.
Oxidative potential of atmospheric particles in Europe and exposure scenarios
Cécile Tassel, Jean-Luc Jaffrezo, Pamela Dominutti, Kaspar R. Daellenbach, Sophie Darfeuil, Rhabira Elazzouzi, Paolo Laj, Anouk Marsal, Takoua Mhadhbi, Vy Ngoc Thuy Dinh, Céline Voiron, Stephan Houdier, Marc Durif, Mélodie Chatain, Florie Francony, Julie Cozic, Guillaume Salque Moreton, Meryll Le Quilleuc, Véronique Ghersi, Grégory Gille, Boualem Mesbah, Evdokia Stratigou, Manuela Zublena, Henri Diémoz, Andrés Alastuey, Barbara D’Anna, Nicolas Marchand, Sébastien Conil, Valérie Gros, Marloes F. van Os, Imre Salma, Nikolaos Mihalopoulos, Griša Močnik, Katja Džepina, Katarzyna Styszko, Christoph Hüglin, Xavier Querol, André S. H. Prévôt, Olivier Favez, Valérie Siroux & Gaëlle Uzu
Photo de Diane Serik sur Unsplash